COMITE DE DEFENSE DES SERRES ET DU JARDIN BOTANIQUE DE LIEGE ASBL

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Avant-Propos :
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"ROBERMONT"
J. Beaujean - 2000



Avant-propos : la naissance d'un cimetière

Par Chantal MEZEN*

Pour la plupart des liégeois, le nom de Robermont n'évoque que le lieu où ils dormiront de leur dernier sommeil.


"La belle au bois dormant" (J.J. Halleux)"
Cimetière de Robermont


L'abbaye de Robermont en 1739
D'après un dessin inspiré d'une
gravure du Spadois
Remacle Le Loup

Au milieu du XIIème siècle, ce territoire appartenait au maître d'hôtel du Prince-Evêque, le Chevalier Wéry des Prés. Il y fit construire un oratoire et le dota d'un jardin, de terrains, construisit un cloître, et en 1200, s'y établit une communauté de jeunes filles pieuses. En 1215, ces religieuses choisirent l'ordre de Citeaux reprenant les règles primitives de Saint Benoît, qui recommande l'austérité, le travail manuel et l'agriculture.

Le dur labeur des religieuses et les multiples dons qu'elles reçurent firent que l'abbaye s'enrichit et suscita les convoitises ; de ce fait, surtout par leur isolement, les religieuses de la communauté furent la proie de luttes fréquentes et de pillages. Lors d'une de ces attaques, elles durent évacuer avec meubles et archives et elles allèrent se réfugier au Val Benoît de 1230 à 1231, mais des conflits éclatèrent rapidement avec les moines augustins qui résidaient au Val Benoît.

L'affluence des candidates religieuses fut telle qu'après quelque temps, les moines augustins furent délogés de leur bâtiment et leur congrégation connaîtra bientôt des conflits. Une partie des religieuses restera à l'abbaye du Val Benoît et l'autre partie va se réinstaller dans l'abbaye de Robermont, dont les bâtiments ont été restaurés par le seigneur Lambert, chanoine de la cathédrale et trésorier de la collégiale Saint-Denis.

Deux siècles plus tard, en 1468, l'abbaye de Robermont n'échappe pas à la destruction par le Duc de Bourgogne, Charles le Téméraire. Encore, une fois, les religieuses vont devoir reconstruire et restaurer leurs bâtiments mais elles vont se développer maintenant pendant plusieurs siècles et prospérer, tout en étant quand même encore la proie de vandales, de pillards et de soldats sur le chemin de l'Allemagne, vers Aix-la-Chapelle. Pendant tous ces siècles de prospérité, elles ont toujours pu compter sur la bienveillance des Princes-Evêques de Liège.

Le 28 novembre 1792, les troupes républicaines envahirent la ville de Liège et expulsèrent cette communauté du site de Robermont. Celle-ci réintégrera cependant l'abbaye en 1793. Les restaurations à peine effectuées, en juillet 1794, le monastère fut à nouveau envahi, cette fois par les autrichiens.

La loi du 1er septembre 1796 ordonna la suppression des communautés religieuses et la remise de leurs biens à l'état républicain. Le 16 avril 1797, l'abbaye de Robermont fut vendue. Lors de la vente, l'administration municipale de Liège fit soustraire des enchères le jardin, pour en faire un cimetière car le haut mur qui l'entourait, sa localisation aisée et son éloignement de la cité mettaient celle-ci à l'abri de toutes les maladies.

Et c'est le 15 avril 1799 que le Conseil municipal affecta provisoirement le jardin de Robermont à l'inhumation des militaires décédés à l'hospice des Ecoliers,actuellement la caserne Fonck . Ce sont donc les militaires qui furent les premiers locataires de la nécropole.

Ainsi, la ville avait devancé les dispositions du décret napoléonien du 12 juin 1804 par lequel étaient prohibées, pour tout l'Empire, les inhumations dans les églises et les enceintes des villes.

Acte de réservation du terrain (verger), lors de la vente des domaines nationaux, (Loi du 16 Brumaire, An 5) pour l'installation du cimetière.

Suite de l'acte précédant, concernant l'abbaye elle-même.

C'est le 19 avril 1805 que le Conseil municipal de Liège décida que les inhumations ne pourraient plus se faire que dans les cimetières des Bayards, de Hocheporte et de Robermont, les deux premiers n'existant plus actuellement.

Ce raccourci historique établit donc sans conteste que les hauteurs de Robermont ont, depuis le XIIème siècle, toujours été étroitement associées à la vie de la ville de Liège. Après que les autorités de l'époque aient décidé d'affecter ce site à une vocation de nécropole, le cimetière de Robermont s'est agrandi au fur et à mesure des besoins, pour devenir actuellement la plus grande nécropole de Wallonie.

Robermont est aujourd'hui un grand parc de 44 ha, en plein site urbain, où l'on peut se promener comme dans un grand livre d'histoire, où défilent d'allée en allée les noms des grands hommes qui ont fait la grandeur de notre cité. Qu'ils soient sculpteurs, peintres, musiciens, hommes politiques, écrivains, fondateur du jardin botanique, promoteur de la "Cwène di Gade", pour la plupart, ils sont inhumés à Robermont.

Le patrimoine des cimetières constitue un témoin privilégié de la mémoire collective des localités et en particulier, Robermont est la mémoire des hommes qui ont fait la grandeur de notre ville. Pour que ce patrimoine puisse être transmis intact aux générations futures, il convient de le préserver. C'est la raison pour laquelle j'ai introduit en 1998 une demande de classement de la partie ancienne du cimetière de Robermont.

J'espère que ces quelques lignes vous inciteront par une belle journée ensoleillée à découvrir ou redécouvrir ce site culturel qu'est Robermont.

________________

(*)

Chantal MEZEN
rue Wazon, 49 / B - 4000 Liège

Née à Liège, le 5/12/1951.

Infirmière. Conseillère communale de la Ville de Liège.

Chantal s'est prise d'un engouement tenace pour la défense du cimetière de Robermont, elle en a obtenu la promesse de classement en juillet 2000.

Chantal vient de publier l'ouvrage suivant :
Mezen Ch., 2000 - Le cimetière de Robermont, le Père-Lachaise liégeois. Grivegnée, Noir dessin Production : 176 p., nomb. ill.


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